A priori, cela ne change rien. A priori. Car il faut envisager ce dispositif en termes de risques, si vous ne changez rien à vos habitudes, vous risquez beaucoup, même si ne téléchargez pas.
Dans les gestes simples, vous devrez vérifier plus souvent l’adresse de votre compte Internet (votre christine.albanel@orange.fr par exemple), même si vous utilisez un service comme Hotmail (Live), Laposte, Netcourrier ou Gmail. Si vous recevez un email d’avertissement pour téléchargement illicite (le premier niveau de la riposte graduée), vous le recevrez vraisemblablement sur cette adresse.
Ces logiciels seraient – selon ce qu’en décrypte l’April – des mouchards chargés d’enregistrer toutes les activités de l’ordinateur, pour attester de votre innocence (aucun téléchargement de votre part, aucune intrusion sur votre ordinateur). Les limites sont évidentes : l’internaute lambda ne saura pas l’installer, on peut l’installer sur un second ordinateur pendant qu’on télécharge sur le premier en ne déclarant qu’un ordinateur et de savoir quelles activités sont déclarées illicites. Vous devrez donc choisir entre votre sécurité ou votre vie privée, et de payer ou non.
Plus loin dans cette paranoïa, il sera recommandé de passer votre réseau Wifi en mode WPA (sécurité très accrue contre les intrusions comparée à la protection Wep de base). De même – et c’est le but pédagogique de la loi – la surveillance des activités sur l’ordinateur familial par exemple.
L’internaute est donc « présumé coupable ».
De l’autre côté, l’offre légale labellisée sera mise en avant sur vos moteurs de recherche favoris. En clair, les sites de vente ou de diffusion qui en feront la demande (en auront le temps et les moyens) seront labellisés et poussés vers le haut des résultats dans Google ou LiveSearch. Franck Riester parle plutôt d’un catalogue des offres labellisées éditée par l’Hadopi (donc un site dédié déconnecté de toute atteinte aux moteurs de recherche) mais la loi est clairement écrite pour donner l’effet « gagnons 30 places sur Google ».
L’offre légale en elle-même ne changera pas, la loi ne stipulant rien sur de quelconques obligations de ces acteurs. Dernier élément, et non des moindres, l’Hadopi pourra décider de censurer un site, en en empêchant totalement l’accès, par décision unilatérale : d’un jour sur l’autre, vous ne pourrez peut-être plus télécharger votre distribution Linux ou DVD légal sur The Pirate Bay ou Mininova. Ne parlons pas des risques d’erreur envers des sites comme Jamendo qui ne pourront peut-être pas être labellisés.